Un clermontois dans la Manche

Publié le par chantal

La suite des aventures de Nicolas

La mer a toujours le dernier mot ..............

Il fait nuit noire, nous sommes à Folkestone au sud de l’Angleterre. Il est 4 heures du matin (heure anglaise), Nicolas Belouin, âgé de 29 ans, plonge dans une eau à 15,7° pour sa première tentative de la traversée de la Manche.

 

C’est l’instant présent du rêve d’un gosse qui habitait à Mirefleurs et a passé sa jeunesse dans les bassins clermontois à s’entrainer sous la direction de Pierre Robin, aujourd’hui directeur des sports de la ville de Clermont, aidé d’autres maitres nageurs dont particulièrement sa mère Christine Antona-Belouin qui exerçait alors à la piscine de Flamina. Dès l’âge de cinq ans il réalise ses 1000 m lors des 24 heures de natation, et quelques années plus tard parcours 68,1 km pendant toute la durée totale de l’épreuve. Après plusieurs médailles (titres régionaux, un record de France en relais sur 4x200, quelques records d’Auvergne...) il rejoint l’université de Montpellier pour ses études de management sportif, puis devient pompier professionnel dans l’Oise.


La manche n’est pas une piscine


Mais par ce matin frais du mois d’août, c’est une autre histoire, car la Manche n’est pas une piscine et ce détroit est difficile, froid et agité de nombreux et très forts courants. Depuis deux ans, il prépare cependant sérieusement cette traversée qualifiée par tous les spécialistes de « l’Everest de la natation ». Il faut dire que depuis 1875 où le capitaine Thomas Webb a été le premier à réussir l’exploit, 8.000 tentatives ont eu lieu et seules 650 ont été couronnées de succès !

Et puis les britanniques sont traditionnels dans l’âme car pour être homologuée, la traversée doit se faire comme au temps de la reine Victoria, en maillot uniquement, (pas de combinaison), les lunettes et le bonnet étant cependant tolérées. La « channel swimming association » qui organise ces défis est le seul organisme officiel car de genre de traversée n’est pas autorisée (arrêté du 18 juin 1993) à partir de la France. En effet la préfecture de la Manche interdit ce genre d’épreuve (qui a vu disparaître six personnes) et qui selon les autorités françaises « peut nuire à la sécurité de la navigation ». A partir du bateau ravitailleur, c'est toujours un pêcheur expérimenté qui est aux commandes. Il accompagne chaque année plusieurs nageurs durant leurs tentatives de traversée de la Manche. Le départ se fait du port de Folkestone où le bateau amène le candidat aux abords d'une plage (Shakespeare beach) ou historiquement le premier départ a eu lieu en 1875. Il se jette alors à l'eau et une fois arrivé sur cette plage, le pilote donne le départ officiel, la traversée peut commencer.

 

Il faut tenir le rythme


Cinq heures du matin : Nicolas Belouin nage depuis une heure, l’eau est à 15,6°, le contrôleur officiel est satisfait : « il fait 70 battements par minutes, l’opération devrait durer une dizaine d’heures » Progressivement le soleil se lève et illumine les blanches falaises de Douvres mais en contrepartie laisse dans l’ombre la côte française portant déjà visible en raison d’un temps clair. Neuf heures du matin déjà quatre heures de nage, les ravitaillements sont organisés toutes les demi-heures par un groupe d’amis et de famille qui eux de leur coté luttent également tant bien que mal contre le fameux le mal de mer.

« J’ai froid » nous annonce Nicolas lors d’une pause alors qu’il boit ses boissons fortifiantes tendues au bout d’une perche. Les accompagnateurs s’étonnent : « il a déjà froid, cela va être dur !. « Ca vient trop tôt » confirme sa sœur Estelle, nageuse également confirmée. « Laissons passer six heures de nage, il s’est déjà entrainé pour cette durée, on verra après » complète d’un ton optimiste sa compagne Kitou. Par précaution, il s’est pourtant enduit généreusement le corps de lanoline, une espèce de graisse qui le fait ressembler à une momie blanche.

 

Le slalom au milieu des cargos


Au milieu des ferries, pétroliers, porte containers et autres méthaniers la traversée se poursuit. Le pilote du bateau accompagnateur se faufile au milieu des dizaines de navires qui traversent à cette heure-çi (800 bateaux par jour naviguent dans la Manche). Nicolas nage, nage et nage. Il suit en parallèle le bateau guide et comme un automate abat ses bras l’un après l’autre. A un moment nous laissons sur un tribord un autre nageur, il est sud africain et son drapeau national flotte sur le bateau suiveur. Quelques heures avant, c’était un japonais mais qu’il ne s’est guère éloigné des côtes britanniques : « certains abandonnent après seulement une heure » nous précise A Monello qui est l’observateur officiel.

 

Premières alertes


Il est 11 heures du matin, le soleil est présent maintenant et commence doucement mais très légèrement à réchauffer la surface liquide. Nicolas Belouin nage maintenant depuis 7 heures, son rythme a nettement baissé (60 brasses mn) mais reste acceptable.

Cependant les premières alertes apparaissent, de plus en plus souvent il quitte le crawl et passe en brasse, il semble ne plus comprendre nos instructions, l’officiel est inquiet. A 12 heures (heure anglaise) les pilotes et l’officiel se concertent car la trajectoire devient floue et la vitesse baisse trop. De plus, dans peu de temps il tombera dans les courants forts de la cote française et seul un bon rythme permettra de les passer. « Ce n’est pas trois heures de nage qu’il faudra compter mais au moins six » précise en connaisseur A Monello; qui en est à sa 40 ème surveillance et sait apprécier rapidement les conditions physiques du nageur.

Il propose alors deux solutions pour les six kilomètres restants « ou tu accélères et reprend le même rythme qu’au début car nous arrivons dans une zone de forts courants avec une inversion de marée ou tu es capable de rester dans l’eau à petite vitesse mais au minimum six heures ».

Nicolas Belouin semble comprendre qu’il ne fera pas partie, cette fois ci en tout cas, des deux candidats sur dix qui réussissent et il accepte de remonter à bord.

Aidés des marins britanniques, il est difficilement hissé à bord et s’effondre comme un morceau de bois mort. Il est blanc, froid, rigide l’hypothermie a déjà fait un bout de chemin.

Imperturbable, le pilote comme prévu fait demi-tour et rejoint la cote britannique qui sera atteinte deux heures plus tard.

Juste le temps pour notre nageur de reprendre ses esprits et c’est déçu mais entier qu’il trouvera la force de monter sur une rude échelle verticale lui permettant de remettre les pieds sur le sol anglais.

 

Un bilan plus qu’honorable


Huit heures de nage, trente trois kilomètres parcourus (soit presque les trois quart de l’épreuve) six restants à faire, . Ceux qui ont réussi ces cents vingt cinq dernières années ont nagé entre 7 et 24 heures. L’échec est toujours cruel mais comme il le dit lui même dan son blog, « la mer a toujours le dernier mot ».

Et demain ? nouvelle tentative ou pas ?. Il ne semble pas abandonner définitivement mais « il me faudra encore plus d’entrainement dans de l’eau froide et pour l’instant la région ou j’habite n’a pas les plans d’eau pour cette expérience et la mer est encore un peu trop loin pour un entraînement régulier » précise t-il avec un large sourire.

 

Qui sait ? Reviendra t-il dans son Auvergne natale où les lacs de montagne pourraient lui apporter la fraicheur nécessaire à la réussite d’une prochaine tentative.

Merci à sa famille qui m'a fait parvenir ce récit  !!!

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