Mauvais calcul !!!

Publié le par chantal

Quand les mathématiciens se mettent à calculer ....
Cette politique qui consiste, pour faire passer la pilule, à dénigrer et à dresser les salariés du public et du privé les uns contre les autres  est écoeurante. Et tout ça pour faire accepter à tous, en fin de compte,  un nivellement par le bas;
 Merci de faire circuler ce genre d'info pour dénoncer l'arnaque et dire qu'on n'est pas d'accord avec cette manipulation et merci à Claude Danthony  pour ce cours de mathématiques appliquées

     37,5 torchons ou bien 40 serviettes ?           
Par Claude Danthony - Maître de conferences de mathematiques

Ecole normale superieure de Lyon

Dans le public, le nombre d’annuités correspond au temps o`u l’on occupe effectivement un emploi, au prorata du temps de travail (ainsi, 1 an de travail `a mi-temps donne une demi-annuité, 1 an `a 80% donne 0,8 annuitée, etc.)

Si elle est dans le prive, elle aura une bonification de 6 annuités et les 8 ans `a mi-temps compteront pour huit annuités. Pour obtenir une retraite `a taux plein (40 annuités), il lui faudra donc obtenir 40-8-6, soit 26 annuités supplémentaires.

  Alors que depuis le dix-neuvième siècle, l’augmentation de la richesse de la France (et des pays riches) est allée de pair avec une diminution phenomenale de la part de sa vie qu’une personne consacre `a travailler, le projet revient sur l’histoire, en décidant que désormais, sur une vie, la proportion du temps consacree au travail ne devra plus diminuer. J’entends d’ailleurs tous les jours dans les medias des personnes me dire sur un ton docte et péremptoire: il faut que les français comprennent qu’il faut travailler plus. Soit, ils ont peut-ˆêtre raison. Mais dans la mesure o`u une telle affirmation est contraire `a ce qui s’est passe dans les 150 dernières années, je considère, en tant que scientifique, qu’ils doivent justifier leurs affirmations. Or je n’ai jamais entendu personne me donner un véritable argument selon lequel nous serions vraiment aujourd’hui dans une situation nouvelle justifiant une inversion du phénomène historique, c’est-`a-dire une augmentation du temps de travail.

  Elle permet de faire oublier que ce projet est un choix politique de faire supporter aux seuls salaries actuels (pas aux employeurs ou `a l’impôt) le coût de l’augmentation de l’esperance de vie, en justifiant cela par une nouvelle ”idée simple” : on nous répète qu’il n’y aurait pas d’autre choix, ce qui est bien sur faux.

  Surtout, cela permet d’occulter le fait que les inegalites au sein du prive sont bien plus criantes qu’entre le prive et le public. Dans le prive, tout va dépendre de la convention collective, de la taille de l’entreprise ou encore du temps partiel subi ou choisi. Vaut-il mieux ˆêtre employé `a temps partiel subi d’une PME du nettoyage ou `a temps plein d’une grande entreprise, avec un accord 35 heures, un CE et une convention collective tr`es favorables

  Si elle est fonctionnaire, la bonification sera de 3 annuités et les 8 ans `a mi-temps compteront pour 4 annuités. Pour obtenir une retraite `a taux plein (37,5 annuités), il lui faudra donc obtenir 37,5-3-4, soit 30,5 annuités supplémentaires, c’est-`a-dire travailler effectivement 30,5 années `a plein temps. 1Vous pensez peut-ˆêtre que ce projet, qui se veut ´équitable, va revenir sur cette difference ? Détrompez-vous : s’il instaure une validation des périodes de conge parental, le projet supprime purement et simplement la bonification d’un an des femmes fonctionnaires, pour les enfants n´es après le 1er janvier 2004 ! Mais la suite parait claire : s’il passe, vous entendrez dans quelques années `a la television : “Dans le prive il y a une bonification de 2 ans par enfant qui n’existe pas pour les fonctionnaires, c’est inéquitable”. Et on supprimera la bonification des mamans du prive !

  Est-ce bien ´équitable ?

 Tout cela pour dire que comparer le nombre d’annuités nécessaires pour obtenir une retraite `a taux plein dans les deux régimes et en déduire que ce serait inequitable car 37,5 est inferieur a 40 n’a aucun sens et relève de l’imposture. D’autant plus que la notion de “retraite `a taux plein” n’a strictement rien `a voir entre les deux régimes et qu’on ne tient pas compte des retraites complémentaires du prive ! 

Un jour o`u j’avais pris un ´énarque en flagrant délit de comparaison de chiffres incomparables, il m’avait répondu : “D’accord, mais vous, vous vous interessez au sujet. Pour les gens, il faut des idées simples”. Je ne voudrais pas que l’opinion publique soit convaincue que les fonctionnaires seraient des privilegies du simple fait que les medias colportent une idée aussi simple qu’inexacte. II n’empêche que cette stratégie de dresser le prive contre le public, sur la base d’une “idée simple” permet de faire passer au second plan certaines réalités.

  Elle permet d’oublier que la reforme Balladur de 93, en augmentant la duree de cotisation de 37,5 `a 40 ans (l`a on peut comparer les données puisque c’est le même régime), mais surtout par l’introduction de la décote et l’allongement de la période de référence, a déjà diminue et surtout va encore dégrader fortement les retraites du prive. Elle permet de faire passer au second plan que la reforme ne concerne pas les seuls fonctionnaires, puisque l’on va passer pour tous, de 40 annuités en 2008 `a environ 42 en 2020. C’est faire oublier un des principes de ce projet de loi, qui me pose personnellement problème.

  Dans le prive, c’est bien plus compliqué. Cela dépend d’abord des sommes perçues: on validé, pour chaque année civile, un nombre de trimestres correspondant au salaire soumis `a cotisations dans l’annee. C’est ainsi, pour prendre un exemple, qu’un cadre qui a travaille 3 mois dans une année civile obtiendra une annuité entière (alors qu’un smicard qui a travaille 3 mois n’obtiendra lui que 0,5 annuité : est-ce bien ´équitable ?). De même, un an de travail `a mi-temps compte pour une annuité complète. On rajoute ensuite certaines périodes non travailles : chômage (en partie), conge parental (sous conditions), etc. . . . A cela s’ajoutent des bonifications qui différent totalement entre les deux régimes, dont la bonification pour enfant accorde aux mères (2 ans dans le prive, 1 dans le public)1.

  En résume il est parfois plus “facile” d’obtenir des annuités dans le prive que dans le public. Voila un exemple qui montre bien les limites de cette comparaison. Puisque les medias se sont fait l’écho de certains avantages (oubliant les inconvénients) des femmes fonctionnaires mères de 3 enfants, prenons l’exemple d’une mère de 3 enfants qui décide de travailler 8 ans `a mi-temps pour les ´élever :
 Un grand battage médiatique ne cesse actuellement d’opérer une comparaison entre le nombre d’annuités nécessaires pour obtenir une retraite `a taux plein : 37,5 dans le public et 40 dans le privé, et de déduire de ces deux chiffres que c’est inéquitable. Mais personne ne pense `à préciser que le même mot “annuité ” correspond `a des réalités tellement différentes dans les deux régimes que la comparaison n’a guère de sens : autant ajouter des torchons et des serviettes ! Démonstration : Nous avons tous appris `a l´ecole qu’on n’ajoute pas des choux et des carottes ou des torchons et des serviettes. Tout comptable sait que des comparaisons ne sont valables que si elles sont effectuées “`a structure comparable ”. En tant que scientifique, j’ai le devoir, lorsque je compare deux données chiffrées, de commencer par vérifier qu’elles correspondent `a la même réalité, par exemple sont exprimées dans la même unité. Sinon, on peut faire dire absolument n’importe quoi aux chiffres.

  Le mot ”annuité” correspond en fait `a un nombre issu de calculs totalement différents dans les deux régimes. En gros :

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