“Sita sings the Blues” un bijou !!!
Le 12 août dernier, Sita sings the Blues sortait en France sur douze copies.
Alors qu’il avait remporté l’année précédente le grand prix du festival du film d’animation d’Annecy, le Cristal (premier prix, partagé en l’occurrence avec Des Idiots et des Anges de Bill Plympton), il est passé largement inaperçu.
Comédie musicale d’une originalité folle où la culture de Brooklyn vient percuter la légende du Râmâyana et les chansons de Annette Hanshaw, une des premières jazz singers américaine, Sita sings the Blues est un bijou graphique, et un délice auditif. La réalisatrice, Nina Paley, met ici en regard sa propre histoire de New-yorkaise, plantée par son compagnon alors que celui-ci était en voyage en Inde, avec celle de Sita, l’épouse de Rama, délaissée par celui-ci après avoir été enlevée par le démon Ravana. La première est traîtée avec un graphisme primitif de cartooniste de journaux, la seconde dans une esthétique pop onirique, rythmée par les merveilleuses chansons de Annette Hanshaw. Sur un ton de comédie, une troisième trame met en scène un trio d’Indiens d’aujourd’hui, mais représentés par des marionnettes du théâtre d’ombres traditionnel, qui confrontent les souvenirs qu’ils ont chacun de cette légende, et les rattachent à tout un tas de références contemporaines qui explosent à l’écran dans des collage foutraques.
C’est un film à voir et l’on peut regretter qu’il ne l’ait pas plus été en France. Sa date de programmation n’aidait pas. Son histoire, très particulière, non plus. Autoproduit, réalisé entièrement par la cinéaste sur son ordinateur, il est distribué sous une licence libre, c’est-à-dire gratuitement, et en permettant à quiconque le souhaite de le copier et de le modifier. Il constitue, en somme, une véritable provocation vis à vis du système du droit d’auteur français et international. La réalisatrice s’est en outre explicitement prononcée contre l’usage du système DRM (digital restriction management) pour son film.